dimanche 19 octobre 2014

La boîte à musique


Une fontaine était née en moi, une source de boue blanche qui coulait à travers les rouages
d'une boîte à musique, résonnant de lumière et rayonnant de mélodies.
La lumière était celle qui, d'ivoire, auréole ceux tombés à l'orée d'un cimetière, éléphants
et chasseurs, réduits à la même poussière par l'irrévocable marteau du temps,
tandis que la musique émanait des ultimes vapeurs tièdes d'un bain autrefois trop brûlant, surpris
par le blizzard d'une apothéose, d'un bouleversement.

Pourquoi n'arrivais-je à assécher cette fontaine, à taire cette musique et à éteindre cette lumière?
Pourquoi ne parvenais-je à me faire crucifier au mur de titans, à pleurer mon futur,
à enfin, à mon tour, auréoler?

J'ai vu le dernier musicien briser son archet, son plus beau violon piétiné par son soupir.
La musique continuait alors que tous quittaient leur poste, mercenaires écoeurés par une
symphonie trop facilement vaincue.

Une fontaine coulait en moi, sa lumière devenant celle de ta bouche, sa musique celle de tes yeux.
Elles avaient toutes deux dansé ensemble dans l'aveugle tendresse qui me faisait encore me blottir
contre ta perfection, il n'y a pas si longtemps. Les tièdes vapeurs se dissipèrent.
Le bain refroidit. Alors qu'un marteau frappa l'horizon,
ton départ précéda celui de grotesques cavaliers grimaçant, chevauchant leurs pachydermes castrés,
sans défenses, sans ivoire.

Une fontaine a séché en moi, la rouille grinçant dans la boîte à musique. D'autres musiciens prirent
leur poste, nouveaux mercenaires ne connaissant pas la soif. Dans le bois d'un chêne séculaire,
 ils m'ont sculpté une flûte. Parfois, ils me laissent me souvenir.

mardi 1 juillet 2014

La Flèche et le Diamant


Nous avancions.

Sous la tutelle d'un prétendu savoir, nous avancions. 
Avec l'assurance d'une flèche trop bien taillée pour jamais atteindre son imparfaite cible, nous avancions. 
À travers la fébrile lumière de nos jeunes convictions, possédant les fantômes de volontés appelées à naître, nous avancions.

Le claquement d'un livre, fermé trop brutalement, fissura violemment nos entrailles. 
Nous qui les croyions gorgées d'eau, leur pétrification s'était faite en silence, 
le rire de notre père les logeant au sein d'énormes tablettes de diamant, 
suffisamment dures pour briser la plus vive des flèches.

Des vies se sont consumées, et la chaleur du souffle de celui qui nous tenait autrefois la main s'en est allée. 
Intarissable, la source résonne encore au loin. Nos abreuvoirs mendient. 
Bêtes de somme, nous avançons, aveugles, dans l'ombre de nos jeunes années.

Parallèlement.
Nos allées et venues génitrices d'indifférence.
Nous nous sommes perdues.

samedi 19 avril 2014

Lycanthropic love



Face à face, nos visages encore visibles, nos regards miroitent, 
chacun phagocytant la lumière de l'autre.

Obscurité, hurle-moi, crache-moi tel un venin périmé, 
devenu trop vieux pour tuer. J'ai perdu mon corps dans la lumière, 
mes jambes consumées par le feu de mon silence. 
Tes cris me rassurent, tandis que mes ongles t'entravent, 
tandis que tu espères encore me piétiner.

Au prologue du chant des lépreux, nos visages se détournent 
l'un de l'autre, et nous voyons. De ces âmes qui naissent 
comme elles périssent, nous voyons les plus jeunes prétendre à 
l'identité de celles qui se sont évanouies. 
Nous les voyons rire, puis mourir. Nous les voyons succomber 
à une faim que nous ne connaîtrons jamais, 
car nos regards nous trahissent. 
Nous oublions alors le chant des lépreux, laissant à leurs soins 
nos doutes et à leurs mains sales nos vierges espérances.

Dans le noir, nos visages presque invisibles, nos regards s'éteignent, 
chacun digérant la lumière de l'autre.

Hurle-moi, avale-moi, régurgite-moi, pleure-moi, ravale-moi, digère-moi... 
Hurle-moi à nouveau. Je suis ta lèpre, ta fin.
Ton amour lycanthrope.