mardi 13 janvier 2015

Eurybia


L'échine frôlant le Crystal d'un hiver de sucre et de sel, Eurybia léchait
à plein ventre la terre du Soleil. Alors que les larmes de sa sueur éclataient de rire
au contact du sol, elle écoutait le sable écarlate battre au rythme
de ses halètements. Son compagnon de lutte s'était fait attendre. Bien que victime
du mutisme qu'elle lui imposait, il se révélait néanmoins loquace lorsque, torche de fortune,
son corps incarnait le feu .

Eurybia, plus cire que jamais, se mélangeait à la boue écarlate que devenait
le sable, enchaînant les rimes d'un poème qu'elle récitait seule. Son auteur, bien plus discret,
tenait malgré lui le rôle de la muse. C'était là l'essence de leur lumière, le secret de leurs étés.
C'était cette complexité qu'elle sentait en un être à la fois architecte et maçon, à la fois dictateur
et opprimé, à la fois femme et primate, qui alimentait le flux régulier du torrent la pénétrant.

L'éternité domestiquée, Eurybia se sacra maîtresse de l'univers, ordonnant à toute forme
d'existence de prendre source en son sein. C'est ainsi que, pour la première fois,
entre le Crystal de l'hiver et la Lumière de la terre, mes yeux s'ouvrirent sur ce que vous appeliez
autrefois "La Vie". Fille de rires et de luttes, je me suis faite attendre. Bien que victime du mutisme
que je lui impose, Eurybia écoute encore battre le sable, le ronronnement de son sourire se mêlant
au crépitement de l'âtre. Son compagnon, aujourd'hui plus braise que torche, semble quant à lui
avoir apprivoisé son silence.

Mais est-ce le sien à lui, ou celui de sa terrible amante? Tout ce dont je suis certaine,
c'est que je suis ce silence.